Anne-Sophie Beignon: « mettre au point un vaccin serait la meilleure solution »

Qu’attendez-vous de la conférence IAS 2017? Quels sont les enjeux de cette conférence scientifique de Paris? La réponse d’Anne-Sophie Beignon, chercheuse CNRS en immunologie, spécialiste des vaccins au CNRS dans l’unité 1184 CEA/Inserm/Université Paris Saclay 1184 au CEA de Fontenay-aux-Roses.

Parvenir à mettre au point un vaccin efficace, qui protège durant toute la vie, serait la meilleure solution pour enrayer l’épidémie à l’échelle de l’humanité.

Les difficultés sont nombreuses. La première tient à l’extrême diversité génétique du VIH. Chez une personne infectée, il mute en permanence, ce qui lui permet d’échapper aux réponses du système immunitaire. Il circule ainsi énormément de VIH différents dans le monde. Une autre difficulté est que le virus se dissémine très rapidement dans l’organisme. L’infection devient ainsi persistante très vite. Enfin, le VIH infecte les cellules du système immunitaire, ce qui perturbe son fonctionnement. Il est ainsi très compliqué de parvenir à lever l’ensemble de ces obstacles. J’ajoute que nous ne disposons pas pour l’infection par le VIH de corrélats immunologiques de protection clairs.

Nous n’avons pas d’exemples de personnes contaminées qui auraient éliminé le VIH sans intervention, ce qui nous guiderait sur le type de réponse immunitaire à induire par le vaccin pour obtenir une protection efficace.

La recherche sur le vaccin préventif contre le VIH est très active depuis longtemps. Plus de 400 essais cliniques ont été réalisés jusqu’à présent sur des candidats vaccins. Malheureusement, un seul d’entre eux a montré une efficacité, mais qui était modeste (31% de protection) et qui diminuait avec le temps.

Ces dernières années, des anticorps neutralisants à large spectre ont été identifiés et caractérisés. Ils sont capables de reconnaître de nombreuses souches différentes du virus et d’empêcher l’infection in vitro et dans des modèles animaux. On les retrouve chez environ 25% des patients infectés. Mais ces anticorps mettent trop longtemps à apparaître.

Les recherches en cours visent à savoir comment apprendre au système immunitaire à fabriquer ces anticorps neutralisants, ceci de façon rapide. Cela constitue un vrai défi.

D’autres travaux ont pour objectif d’induire la production de cellules immunitaires capables de détruire les cellules infectées dès l’entrée du virus. Il est probable que le futur vaccin sera une combinaison de ces différentes approches. Les recherches en cours sont en très bonne voie. Mais il est difficile de prédire précisément quand elles aboutiront enfin à un vaccin préventif contre le VIH/sida efficace à 100% et disponible pour tous.

Symposium sur la lutte contre les IST dans le cadre des nouveaux flux migratoires en Europe

Le Conseil National du Sida et des hépatites virales organise en ouverture de la conférence de l’IAS à Paris, un symposium sur la lutte contre les IST dans le cadre des nouveaux flux migratoires en Europe.

Quand? Dimanche 23 juillet, 17H-19H

Où? Palais des Congrès, Room 251

Migrants remain one of the most prevalent HIV and HBV-infected populations in Europe. Mainly as a consequence of economic and political changes in Africa, Middle-East and Central-Asia, countries of origin and migration trajectories of undocumented migrants including accommodation in host countries, have changed. This symposium aims to describe new medical needs and providers responses that have emerged in the fight against STIs, as well as to draw perspectives in terms of public policies.

Programm:

Co-Chair: Patrick Yeni, CNS, Paris, France
Co-Chair: Gilles Raguin, CNS, Paris, France

Description of new migration patterns in Europe
Catherine Wihtol De Wenden, CNRS, Paris, France

Epidemiology of STIs in undocumented migrants in Europe: What do we know?
Andrew Amato, ECDC, Solna, Sweden

Implementation of sexual and reproductive health care to undocumented migrants in European countries: The example of France
François Berdougo, Médecins du Monde, Paris, France

Implementation of sexual and reproductive health care to undocumented migrants in European hotspots and transit camps: The example of Greece
Georgios Papadomanolakis, MdM Greece, Greece

Taking into Account Hardship Consequences on the Risk of STIs into National and European Policies in the Context of Current Migration Patterns
Annabel Desgrées du Loû, IRD, Paris, France

The need for European and national policies and coordination
Alyna C. Smith, PICUM, Brussels, Belgium

Pr Jean-François Delfraissy: il faut « finir le job! »

Qu’attendez-vous de la conférence IAS 2017? La réponse du Pr Jean-François Delfraissy, co-président de la conférence IAS 2017.

J’attends d’abord qu’elle soit un succès scientifique sur les grandes questions actuelles de la lutte contre le VIH/sida. La première porte sur le « cure », c’est-à-dire la capacité à éradiquer ou à contrôler le virus. Cela concerne des travaux très fondamentaux, comme la régulation de l’expression du VIH. Il s’agit aussi de toutes les nouvelles approches thérapeutiques, telles que les immunothérapies. La seconde grande question est celle de la prévention et du traitement très précoce, afin de diminuer l’incidence des nouvelles contaminations. Nous avons montré que la prophylaxie pré-exposition fonctionne. Il faut maintenant l’améliorer, au Nord comme au Sud. Il faut également simplifier davantage les traitements. Enfin, la troisième question majeure est le vaccin. Sur le plan fondamental, des progrès importants sont en cours, notamment sur le rôle des anticorps neutralisants. Il faut poursuivre les investissements en cours pour espérer aboutir.

Sur toutes ces questions, le mot d’ordre de la conférence sera d’apporter la démonstration que nous pouvons gagner la lutte contre le VIH/sida et qu’il faut continuer de donner à la communauté scientifique les moyens dont elle a besoin pour cela, pour « finir le job! ».

Pendant une semaine, Paris va être la capitale de la lutte contre l’épidémie. C’est l’occasion de donner une visibilité non seulement à l’ANRS, mais aussi à tous les organismes de recherche de très haut niveau dont nous disposons en France. Notre puissance de frappe en termes de recherche est vraiment très importante. La conférence va permettre de montrer que la recherche française est bien au rendez-vous de tous les enjeux autour du VIH/sida.

C’est une très belle opportunité car nous sommes face à des changements importants. Je pense à l’arrivée du Président Trump et aux menaces sur le financement de la recherche aux Etats-Unis, au Brexit, à la nomination d’un nouveau directeur à l’OMS, et bien sûr à l’élection d’Emmanuel Macron.

Nous sommes en situation de permettre à la France d’exercer un leadership puissant sur le VIH/sida et les maladies émergentes. Nous devons inscrire la lutte contre ces maladies dans une vision de diplomatie sanitaire à l’échelle mondiale.

C’est un enjeu majeur des prochaines années. La conférence sera l’opportunité pour les politiques de s’emparer de cet engagement au plus haut niveau.