Pr Françoise Barré-Sinoussi: « l’effort de recherche doit être amplifié »

Qu’attendez-vous de la conférence IAS 2017? Quels sont les enjeux de cette conférence de Paris? La réponse du Pr Françoise Barré-Sinoussi, prix Nobel de médecine 2008, membre de l’Académie des sciences, présidente de l’IAS (2012-2014).

Conférence de presse de la co-lauréate du prix Nobel de médecine 2008, Madame Françoise Barré-Sinoussi. Mercredi 08 octobre 2008, auditorium du CIS.Les recherches engagées depuis le début de l’épidémie ont permis d’obtenir des traitements particulièrement efficaces. Aujourd’hui, une personne séropositive sous traitement a une espérance de vie quasi identique à celle de la population générale. De plus, ces traitements réduisent considérablement la transmission du virus. Le bénéfice est donc à la fois individuel et collectif.

Par ailleurs, toute une batterie d’outils de prévention a été élaborée: le dépistage, la circoncision, la prophylaxie pré-exposition, la réduction de risque, sans oublier le préservatif et l’éducation. Leur efficacité a été scientifiquement prouvée. C’est ce qui a conduit l’Onusida à définir son objectif 90-90-90: 90% des personnes vivant avec le VIH connaissent leur statut, 90% d’entre elles reçoivent un traitement, 90% des personnes traitées ont une charge virale indétectable. Si cet objectif est atteint en 2020, les simulations prévoient un contrôle de l’épidémie en 2030. Nous avons donc de bonnes raisons d’espérer.

Désormais que nous disposons d’outils de prévention et de traitements très efficaces, l’enjeu majeur est de permettre leur accès à la plus large échelle possible dans le plus grand nombre de pays à travers le monde. Cela suppose de maintenir et de renforcer les financements et les grands programmes de coopération internationaux. Mais cela nécessite aussi d’améliorer les systèmes de santé, notamment dans les pays à ressources limitées.

Les principaux obstacles se situent à ce niveau : sans un système de santé performant, qui s’appuie sur les milieux communautaires et l’ensemble des professionnels de santé, il est difficile d’organiser la prévention et les soins auprès de toutes les populations concernées par le VIH.

Il y a donc un effort très important à produire en termes de santé publique, pour améliorer les réseaux de soins et les systèmes de santé. Pour cela, une forte volonté politique est indispensable, qui malheureusement fait défaut dans certains pays.

Par ailleurs, il faut lutter contre la discrimination et la stigmatisation qui persistent à l’encontre de bon nombre de personnes infectées dans le monde et qui freinent leur accès au dépistage et aux soins.

Enfin, l’effort de recherche doit être amplifié. L’objectif est de parvenir à des traitements permettant une rémission permanente sans devoir être pris à vie, et bien entendu à enfin disposer d’un vaccin préventif.

Anne-Sophie Beignon: « mettre au point un vaccin serait la meilleure solution »

Qu’attendez-vous de la conférence IAS 2017? Quels sont les enjeux de cette conférence scientifique de Paris? La réponse d’Anne-Sophie Beignon, chercheuse CNRS en immunologie, spécialiste des vaccins au CNRS dans l’unité 1184 CEA/Inserm/Université Paris Saclay 1184 au CEA de Fontenay-aux-Roses.

Parvenir à mettre au point un vaccin efficace, qui protège durant toute la vie, serait la meilleure solution pour enrayer l’épidémie à l’échelle de l’humanité.

Les difficultés sont nombreuses. La première tient à l’extrême diversité génétique du VIH. Chez une personne infectée, il mute en permanence, ce qui lui permet d’échapper aux réponses du système immunitaire. Il circule ainsi énormément de VIH différents dans le monde. Une autre difficulté est que le virus se dissémine très rapidement dans l’organisme. L’infection devient ainsi persistante très vite. Enfin, le VIH infecte les cellules du système immunitaire, ce qui perturbe son fonctionnement. Il est ainsi très compliqué de parvenir à lever l’ensemble de ces obstacles. J’ajoute que nous ne disposons pas pour l’infection par le VIH de corrélats immunologiques de protection clairs.

Nous n’avons pas d’exemples de personnes contaminées qui auraient éliminé le VIH sans intervention, ce qui nous guiderait sur le type de réponse immunitaire à induire par le vaccin pour obtenir une protection efficace.

La recherche sur le vaccin préventif contre le VIH est très active depuis longtemps. Plus de 400 essais cliniques ont été réalisés jusqu’à présent sur des candidats vaccins. Malheureusement, un seul d’entre eux a montré une efficacité, mais qui était modeste (31% de protection) et qui diminuait avec le temps.

Ces dernières années, des anticorps neutralisants à large spectre ont été identifiés et caractérisés. Ils sont capables de reconnaître de nombreuses souches différentes du virus et d’empêcher l’infection in vitro et dans des modèles animaux. On les retrouve chez environ 25% des patients infectés. Mais ces anticorps mettent trop longtemps à apparaître.

Les recherches en cours visent à savoir comment apprendre au système immunitaire à fabriquer ces anticorps neutralisants, ceci de façon rapide. Cela constitue un vrai défi.

D’autres travaux ont pour objectif d’induire la production de cellules immunitaires capables de détruire les cellules infectées dès l’entrée du virus. Il est probable que le futur vaccin sera une combinaison de ces différentes approches. Les recherches en cours sont en très bonne voie. Mais il est difficile de prédire précisément quand elles aboutiront enfin à un vaccin préventif contre le VIH/sida efficace à 100% et disponible pour tous.

Pr Jean-François Delfraissy: il faut « finir le job! »

Qu’attendez-vous de la conférence IAS 2017? La réponse du Pr Jean-François Delfraissy, co-président de la conférence IAS 2017.

J’attends d’abord qu’elle soit un succès scientifique sur les grandes questions actuelles de la lutte contre le VIH/sida. La première porte sur le « cure », c’est-à-dire la capacité à éradiquer ou à contrôler le virus. Cela concerne des travaux très fondamentaux, comme la régulation de l’expression du VIH. Il s’agit aussi de toutes les nouvelles approches thérapeutiques, telles que les immunothérapies. La seconde grande question est celle de la prévention et du traitement très précoce, afin de diminuer l’incidence des nouvelles contaminations. Nous avons montré que la prophylaxie pré-exposition fonctionne. Il faut maintenant l’améliorer, au Nord comme au Sud. Il faut également simplifier davantage les traitements. Enfin, la troisième question majeure est le vaccin. Sur le plan fondamental, des progrès importants sont en cours, notamment sur le rôle des anticorps neutralisants. Il faut poursuivre les investissements en cours pour espérer aboutir.

Sur toutes ces questions, le mot d’ordre de la conférence sera d’apporter la démonstration que nous pouvons gagner la lutte contre le VIH/sida et qu’il faut continuer de donner à la communauté scientifique les moyens dont elle a besoin pour cela, pour « finir le job! ».

Pendant une semaine, Paris va être la capitale de la lutte contre l’épidémie. C’est l’occasion de donner une visibilité non seulement à l’ANRS, mais aussi à tous les organismes de recherche de très haut niveau dont nous disposons en France. Notre puissance de frappe en termes de recherche est vraiment très importante. La conférence va permettre de montrer que la recherche française est bien au rendez-vous de tous les enjeux autour du VIH/sida.

C’est une très belle opportunité car nous sommes face à des changements importants. Je pense à l’arrivée du Président Trump et aux menaces sur le financement de la recherche aux Etats-Unis, au Brexit, à la nomination d’un nouveau directeur à l’OMS, et bien sûr à l’élection d’Emmanuel Macron.

Nous sommes en situation de permettre à la France d’exercer un leadership puissant sur le VIH/sida et les maladies émergentes. Nous devons inscrire la lutte contre ces maladies dans une vision de diplomatie sanitaire à l’échelle mondiale.

C’est un enjeu majeur des prochaines années. La conférence sera l’opportunité pour les politiques de s’emparer de cet engagement au plus haut niveau.