Dépistage: lutter contre l’épidémie cachée

Retour sur la table ronde du Stand France: « HIV Screening: Fighting the Hidden Epidemic » avec Jean-Christophe Comboroure (DGS), Emmanuelle Papot (INSERM, HAS) et Vincent Leclercq (Coalition PLUS).

Près de 6 000 personnes ont découvert leur séropositivité en 2015 en France, un chiffre stable depuis 2011.
Plus de 40 % de ces découvertes se font à un stade tardif de l’infection. Près de 25.000 personnes ignoraient leur séropositivité en 2013.
Objectif : améliorer le dépistage du VIH et surtout le rendre plus précoce, en diversifiant les moyens et les outils.

Jean-Christophe Comboroure, chef du bureau VIH/IST de la Direction Générale de la Santé: « le dépistage est un enjeu majeur pour atteindre les 3×95 en France »

Le point sur les dernières recommandations de la HAS avec Anne-Isabelle Pouillé

Vincent Leclercq: la place des acteurs communautaires

La politique de dépistage en France

Dépister précocement représente à la fois un bénéfice pour la personne mais aussi pour la collectivité en réduisant le risque de transmission du VIH dans la population par la mise sous traitement des personnes séropositives. Clé de voûte entre , le préservatif, le TasP et la PrEP, le dépistage est devenu un outil de prévention. La recherche a permis d’élargir l’offre de dépistage du VIH en France en proposant de nouveaux moyens et outils. Les établissements de santé et les associations participent à ces recherches.

• Le dépistage communautaire : l’utilisation des TROD (tests rapides d’orientation diagnostique) VIH a pour objectif d’atteindre des populations qui ne se font pas ou pas assez fréquemment dépister. L’étude ANRS-Com’Test, menée en étroite collaboration par l’équipe du Pr Yazdanpanah (IAME, UMR 1137, Inserm, Université Paris Diderot, Sorbonne Paris Cité ; AP-HP, Hôpital Bichat-Claude Bernard, Service de Maladies Infectieuses et Tropicales, Paris) et l’association AIDES, a permis d’évaluer une offre de dépistage du VIH non médicalisé via des tests à résultat rapide auprès d’hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes (HSH) par des membres d’une association habilitée à cette pratique. Les résultats montrent que ce type de dépistage est réalisable et bien accepté à la fois par les personnes testées et par les acteurs associatifs. Ces résultats ont contribué à l’autorisation fin 2010 en France du dépistage communautaire avec des TROD.

• Les autotests de dépistage de l’infection à VIH (ADVIH) : la recherche a commencé en France dès 2009. L’étude ANRS Webtest, dirigée par Tim Greacen (Laboratoire de recherche, EPS Maison Blanche, Paris), avec le soutien de la DGS, a montré que ces tests intéressaient particulièrement les HSH, notamment lorsqu’ils vivaient leur sexualité dans le secret.

En France, un premier autotest est commercialisé en pharmacie depuis le 15 septembre 2015. Cette commercialisation s’appuie sur les recommandations du Conseil national du Sida (CNS) et du Conseil consultatif national d’éthique (CCNE) en matière de précaution d’utilisation et d’interprétation des résultats, ainsi que sur les avis de l’Agence Nationale de Sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) et de la Haute Autorité de Santé (HAS). Un document d’information, destiné aux pharmaciens, aux autres professionnels de santé au sens large (médecins, sages-femmes, infirmiers) ainsi qu’aux travailleurs sociaux et aux associations susceptibles d’être impliquées dans des questions de prévention et de sexualité en rapport avec le VIH, a été rédigé par la HAS début 2015. La recherche continue : les chercheurs évaluent à présent l’usage des autotests parmi ses utilisateurs. « VIH : Teste-Toi Toi-même », menée par Tim Greacen avec le soutien de l’ANRS et de Santé Publique France, vise à répondre à plusieurs questions, grâce à une enquête par internet : qui est intéressé et qui a eu recours à l’autotest VIH ? Quelles sont les barrières à son utilisation ? Quelles sont les difficultés rencontrées lors de sa manipulation ? Dans quel contexte est-il utilisé ? Quel est le recours aux soins des participants ayant un test positif ? Les résultats sont attendus au second semestre 2017.

Aujourd’hui l’offre de dépistage du VIH en France est donc multiple et repose sur plusieurs dispositifs :

– Les professionnels de santé, en ville et dans les hôpitaux, et les laboratoires qui réalisent le dépistage conventionnel par sérologie.
– Les centres gratuits d’information, de dépistage et de diagnostic (CeGIDD) qui offrent un dépistage gratuit anonyme ou non anonyme selon le choix de l’usager.
– Les associations habilitées à réaliser le dépistage par des tests rapides d’orientation diagnostique
(TROD)
– Les autotests VIH commercialisés dans les pharmacies d’officine, avec une mise à disposition gratuite pour certains publics dans les CeGIDD et les associations habilitées.

• La pratique des tests rapides d’orientation diagnostique (TROD) et des autotests de dépistage des maladies sexuellement transmissibles, dont le VIH, notamment en autorisant leur dispensation gratuite par les associations de patients et les structures de prévention est maintenant un dispositif inscrit dans la législation. La réglementation fixe les conditions de leur réalisation en milieu médicosocial ou associatif. Le ministère de la Santé a lancé le 1er septembre 2016 un appel à projets visant à soutenir l’activité de dépistage rapide par TROD VIH et TROD VHC et par autotests VIH réalisée par les associations au plus près des populations les plus exposées au risque.

• Les recommandations nationales et les bonnes pratiques sont régulièrement réévaluées à la lumière des évolutions et des résultats de la recherche. A la demande de la Direction Générale de la Santé (DGS), la stratégie de dépistage de l’infection à VIH en France vient d’être réévaluée par la Haute Autorité de Santé (HAS) en mars 2017. Dans le cadre d’une approche globale de la santé sexuelle, les dépistages des hépatites B et C et des autres infections sexuellement transmissibles les plus fréquentes (syphilis, gonococcie, chlamydiose…) sont également pris en compte dans les travaux de la HAS.

• Le dépistage de l’infection à VIH est un élément clé du contrôle de l’épidémie qui s’intègre dans une démarche préventive globale. Chez les populations-clés les plus exposées au risque d’infection, la fréquence du dépistage doit être augmentée et inscrite dans la durée.

Par ailleurs, afin de permettre le diagnostic des personnes qui ignorent leur séropositivité et de réduire l’épidémie cachée, la proposition d’un test de dépistage de l’infection à VIH au moins une fois au cours de la vie entre 15 et 70 ans doit être maintenue et représente une approche complémentaire au dépistage en direction des populations-clés. Au sein de la population générale, des individus ou groupes d’individus ont un recours moindre au système de soins (les hommes) ou se trouvent dans des régions dans lesquelles l’incidence de l’infection à VIH est plus élevée que la moyenne nationale (IDF, PACA, DFA) : la proposition de dépistage doit être principalement orientée en fonction de ces spécificités identifiées.

• Exemple de population clé : les migrants. Dans l’étude ANRS Parcours, les chercheurs menés par Annabel Desgrées du Loû (CEPED, UMR IRD-Université Paris Descartes, Paris, France) avec l’aide d’associations de migrants, étudient la place des infections à VIH et VHB dans le parcours de vie de personnes nées en Afrique subsaharienne et vivant en Île-de-France. Des résultats présentés lors de la conférence IAS 2016 à Durban, montrent qu’un tiers des femmes originaires d’Afrique subsaharienne suivies pour le VIH en France ont été infectées après leur arrivée. Le risque de contracter le VIH est plus élevé lorsque les femmes déclarent avoir subi au moins un rapport sexuel forcé après leur arrivée en France.

• De nouveaux enjeux : la notification aux partenaires. Des travaux sont en cours pour répondre aux enjeux éthiques, juridiques et scientifiques. Il s’agit d’aider les personnes nouvellement diagnostiquées pour le VIH à prévenir leurs partenaires sexuels et/ou de consommation de drogues qu’ils ont été exposés au VIH ou à une infection sexuellement transmissible et à les inciter à réaliser un dépistage. Il s’agit d’un dépistage particulièrement ciblé puisqu’il s’adresse à des personnes dont on est sûr qu’elles ont été exposées mais cette stratégie doit être réalisée le plus éthiquement possible et assurer la confidentialité du patient nouvellement diagnostiqué et de ses partenaires. Sa faisabilité et son acceptabilité est évaluée via une étude ANRS, menée par Karen Champenois (Laboratoire de recherche, EPS Maison Blanche, Paris ; IAME, UMR 1137, Inserm, Université Paris Diderot, Sorbonne Paris Cité, Paris). Les premiers résultats sont attendus en 2018. Parallèlement, le CNS mène actuellement des travaux de nature éthique sur la notification aux partenaires comme outil de dépistage ciblé, et les conditions de son développement en France.

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