Co-infection VIH et cryptococcose : un traitement antifongique adapté pour les Pays du Sud

L’essai ACTA (Advancing Cryptococcal Meningitis Treatment for Africa), promu par le Medical Research Council (MRC) et l’ANRS, mené dans 4 pays d’Afrique sur la cryptococcose neuromeningée, une maladie opportuniste chez des patients atteints du SIDA, montre pour la première fois la non-infériorité de deux combinaisons thérapeutiques antifongiques pour le traitement d’induction de cette maladie. Ces traitements permettraient de limiter la prise de l’amphotéricine B (AmB), un antifongique efficace mais très peu disponible en Afrique et présentant par ailleurs des effets secondaires. Ces résultats sont d’une grande importance car la cryptococcose et notamment la méningite cryptococcique, est une maladie grave, qui entraine la mort de plus de 100 000 personnes infectées par le VIH chaque année en Afrique.

L’essai ACTA a été coordonné par le Pr Thomas Harrison et ses collègues de l’université St Georges de Londres, de l’Institut Pasteur de Paris, du site ANRS du Cameroun et des sites MRC du Malawi, Tanzanie et Zambie.

La Cryptococcose neuro méningée est une infection fongique grave qui est particulièrement fréquente chez les personnes immunodéprimées et en particulier chez les patients atteint du SIDA. Malgré l’augmentation globale de la couverture en traitement antirétroviral du VIH, l’incidence de la cryptococcose n’a pas diminué et elle reste la cause de plus de 100 000 décès par an en Afrique1. Le traitement antifongique standard recommandé par l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) et la Société Américaine de Maladies Infectieuses, consiste en une phase d’induction d’une perfusion quotidienne d’amphotéricine B (AmB) associée à la prise orale de flucytosine (5-FC) pendant 2 semaines, puis d’une phase de consolidation et de maintenance basée sur la prise orale de Fluconazole (FLU). Cependant, l’AmB, malgré son efficacité n’est pas disponible dans les pays à ressources limitées et entraine parfois des effets secondaires graves.

L’essai ACTA, dont le Medical Research Council (MRC) et l’ANRS étaient les promoteurs, a inclus 721 patients infectés par le VIH et atteints de criptococcose. Il a été coordonné par le Pr Thomas Harrison et ses collègues de l’université St Georges de Londres (SGUL), de l’Institut Pasteur (Paris), du site ANRS du Cameroun et des sites MRC du Malawi, Tanzanie et Zambie. Il avait pour objectif d’évaluer la non infériorité de deux traitements d’induction en comparaison à celui recommandé par l’OMS. Le premier, un traitement de deux semaines sans AmB, contenait du FLU et du 5-FC pris oralement. Le deuxième, était identique à celui recommandé par l’OMS (AmB + 5-FC) mais pris seulement sur une semaine, limitant ainsi la prise d’AmB. Ces trois traitements d’induction, ainsi que deux autres à base d’AmB + FLU pendant 1 ou 2 semaines, ont été évalués.
Après le traitement d’induction, tous les patients ont pris le traitement de consolidation à base de FLU pendant 8 ou 9 semaines pour un total de 10 semaines de suivi. Après les 10 semaines de suivi, les patients ont continué le FLU en phase de maintenance selon les programmes nationaux de chaque pays.

L’évaluation à 10 semaines montre que le traitement par injection d’AmB + 5-FC pendant 1 semaine est non inférieur au traitement oral sans AmB et présente la mortalité la plus faible, soit 24%. Ces deux traitements se révèlent plus efficaces et mieux tolérés que le traitement actuellement recommandé par l’OMS (AmB + 5-FC pendant 2 semaines) pour les patients co-infectés par le VIH et la cryptococcose. De plus, ces traitements permettent une diminution de la durée d’administration de l’AmB, voire sa suppression totale. Ils promettent ainsi d’être coût-efficaces pour les pays du Sud. Les résultats de l’étude ACTA sont présentés en communication orale, pour la première fois à la conférence IAS 2017, co-organisée par l’IAS et l’ANRS, le Lundi 24 Juillet 2017 par le Dr Sile Molloy (SGUL).

Les nouveaux traitements de l’hépatite C sont aussi très efficaces dans les pays du Sud

Les résultats préliminaires de l’essai ANRS TAC montrent que les antiviraux à action directe (AAD) contre l’hépatite C peuvent être aussi efficaces dans les pays du Sud que dans ceux du Nord. Cela plaide en faveur d’un large accès aux AAD au Sud, notamment en Afrique subsaharienne où l’épidémie liée au VHC est jusqu’à présent négligée.

Les antiviraux à action directe (ADD) ont depuis trois ans révolutionné la prise en charge de l’hépatite C chronique, permettant d’obtenir une guérison chez plus de 90 % des patients, quel que soit le statut VIH (co-infection ou pas) ou la sévérité de l’atteinte hépatique. Ces médicaments sont toutefois très peu accessibles aux personnes infectées par le VHC dans les pays du Sud en raison de leur coût. L’ANRS (France REcherche Nord&sud Sida-hiv Hépatites) est le promoteur du premier essai réalisé en Afrique subsaharienne visant à évaluer l’efficacité et la tolérance de ces nouveaux traitements dans le contexte de ces pays.

L’essai ANRS TAC a été lancé en octobre 2015 dans trois pays d’Afrique de l’Ouest : Cameroun, Côte d’Ivoire et Sénégal. Les responsables de cet essai sont le Dr Karine Lacombe (Inserm UMR-S707, SMIT, CHU St-Antoine – APHP, Paris, IMEA) et le Pr Alain Attia (CHU Yopougon, Abidjan, Côte d’Ivoire). Cent vingt patients atteints d’hépatite C chronique et n’ayant jamais été traités pour cette infection ont été inclus. Les génotypes les plus fréquents du VHC (1, 2 et 4) concernaient un nombre identique de patients (40 pour chaque génotype). Les patients ont reçu un traitement associant l’AAD sofobuvir et la ribavirine s’ils avaient un VHC de génotype 2, ou une combinaison de deux AAD (sofobuvir et ledipasvir) sous forme d’un seul comprimé pour les génotypes 1 et 4. La durée du traitement a été de 12 semaines.

Les résultats préliminaires présentés le 24 juillet à la conférence portent sur 110 patients. 32 d’entre eux étaient co-infectés par le VIH et 11 avaient une hépatite C au stade de cirrhose compensée. Après 24 semaines de suivi, l’analyse intermédiaire retrouve 89 % de réponse virologique soutenue chez l’ensemble des patients. Un seul d’entre eux a interrompu son traitement après 8 semaines de suivi, atteignant malgré tout la guérison. Aucun effet indésirable sévère n’a été observé.

Pour le Dr Karine Lacombe, ces résultats montrent « que le traitement de l’hépatite C chronique par les AAD est tout à fait possible dans le contexte africain, avec une bonne observance, une bonne tolérance et un suivi biologique ne posant pas de difficulté particulière. L’efficacité obtenue est très proche de celle observée dans les pays du Nord, y compris chez les patients co-infectés par le VIH ».

Le Pr François Dabis, Directeur de l’ANRS, ajoute : « Nous manquions de données sur l’efficacité de ces molécules dans les pays du Sud. Les premiers résultats de l’essai ANRS TAC constituent d’ores et déjà un plaidoyer fort pour que l’accès aux AAD soit très largement ouvert aux patients infectés par le VHC en Afrique et, plus largement, dans l’ensemble des pays du Sud et ce sans délai. »

Pr Delfraissy: il faut ouvrir les fenêtres de la communauté VIH

Lors de cette conférence scientifique, Jean-François Delfraissy, co-président de l’IAS 2017 et ancien directeur de l’ANRS, veut faire passer un message à l’ensemble de la communauté VIH. Interview.

« Fondamentalement je pense qu’il faut ouvrir les fenêtres, que notre communauté VIH regarde ce qui se fait à côté. Pour plusieurs raisons: d’abord parce que cette communauté peut apporter beaucoup aux autres. On l’a déjà fait, dans les hépatites, avec l’épidémie Ebola. On a un savoir faire, il y a une pensée, une vraie place des communautés…

Deuxièmement, elle peut recevoir des leçons des autres. Il faut qu’elle l’accepte. Parce que les choses ont changé: au nord, il y a maintenant de grandes associations ou des mouvements autour des malades du cancer, des diabétiques… avec de nouvelles idées. Au Sud, c’est en train d’apparaitre, les nouvelles technologies du téléphone sont en train de révolutionner beaucoup de choses et le patient connecté va être un enjeu au Sud.

Le troisième élément est que tout cela nécessite des financements. On ne peut pas seulement dire on a besoin d’argent pour la recherche sur le VIH, on a besoin d’argent pour la prise en charge… il faut qu’on trouve autre chose.

Il faut qu’on innove, qu’on ait une vision de santé globale où le VIH tient totalement sa place mais où il s’inscrit dans une vision de santé globale ».

Giovanna Rincon, porte-parole de la communauté transgenre et des KP à la session d’ouverture

« From acknowledgement to involvement of key populations: the example of the transgender community »: c’est le titre de l’intervention de Giovanna Rincon Murillo, directrice de l’association ACCEPTESS-T, association de défense des personnes trans à Paris, lors de la session d’ouverture. Cette militante réclame non pas trois mais quatre « 90 ».

« C’est un message fort qu’une personne trans ait 10 minutes de prise de parole en ouverture d’une grande conférence comme celle-ci, même si c’est un peu tardif. Cette prise de parole ne représentera pas seulement les personnes transgenres mais toutes les populations les plus exposées au VIH. Le message, c’est de dire qu’il y a une stratégie aujourd’hui qui envisage l’éradication du VIH d’ici 2030 avec les trois 90 (90% des personnes vivant avec le VIH connaissent leur statut sérologique, 90% de toutes les personnes infectées par le VIH dépistées reçoivent un traitement anti rétroviral durable, 90% des personnes recevant un traitement antirétroviral ont une charge virale durablement supprimée, NDLR). Mais en réalité, quand on est sur le terrain, on se rend compte qu’il manque un « chapeau »:

90% des personnes doivent avoir une qualité de vie, une qualité de soins qui soient dignes, qui puissent garantir le respect de leurs droits fondamentaux, la reconnaissance de l’existence de ces personnes, qu’elles ne soient plus obligées de se cacher, que leurs conditions de vies partout sur la planète soit reconnue et que des mesures nécessaires soient mises en place dans toutes les politiques de tous les pays ».

Après Denver, la Déclaration communautaire de Paris

A la veille de l’ouverture de la 9ème conférence de l’IAS, les acteurs communautaires se sont réunis pour finaliser leur « Déclaration de Paris ». Presque trente-cinq ans après les principes de Denver, principes fondateurs de défense des droits des personnes vivant avec le VIH, l’ensemble des populations clés vulnérables réaffirme ainsi son rôle et sa place au coeur de la recherche de la lutte contre le VIH.

Issue d’une méthode de consensus et d’un travail de réflexion, propositions, synthèse de plusieurs mois, dans lequel se sont impliqués plus de 80 militants du monde entier représentant les différentes populations clés, cette déclaration compte au final 40 points et s’adresse à tous les acteurs: organisations internationales, leaders politiques et gouvernements, communauté scientifique, communauté médicale, compagnies pharmaceutiques, donneurs et communautés elles-mêmes.

Les acteurs communautaires réclament notamment:

  • un véritable engagement pour mettre fin à la stigmatisation, la discrimination et la violence grâce à des politiques qui protègent toutes les populations clés et que les gouvernements passent par les Nations Unies pour condamner les politiques et pratiques de régions ou pays qui criminalisent ou stigmatisent
  • la science doit faire progresser la santé de tous et travaille à assurer l’accès aux outils diagnostics, traitements et autres produits de santé.
  • les personnels de santé de première ligne doivent être capables de fournir des services accessibles, appropriés et sans stigmatisation à toutes les populations clés (KP)
  • les populations clés doivent bénéficier des approches biomédicales comme TasP et PrEp, prévention combinée, recherche accrue pour le prévention et les traitements
  • Les représentants des KP doivent être inclus dans les comités éthiques de recherche, la recherche communautaire doit être soutenue et les résultats de la recherche doivent être partagés avec les communautés concernées
  • les partenariats et liens dans le système de santé communautaire doivent demeurer une composante essentielle pour améliorer la prévention, le traitement et le soin et répondre aux différents besoins des KP
  • les contributions des pays développés au Fonds Mondial doivent augmenter
  • les organisations internationales doivent sécuriser les canaux de financement pour les acteurs du Sud et améliorer l’accès à la prévention et aux traitements dans les pays en développement
  • l’industrie pharmaceutique doit établir un système équitable concernant les brevets qui permette un accès rapide aux nouveaux médicaments pour les pays qui ne peuvent pas offrir de médicaments brevetés.

La Déclaration communautaire de Paris peut être signée pendant toute la durée de la conférence sur le Stand France.

Déclaration de Paris: pas sans la recherche

Pas de fin du VIH sans la recherche et pas de recherche sans des investissements pérennes pour continuer à construire la réponse au VIH et mettre fin à l’épidémie: c’est le message de la Déclaration de Paris (The Paris Statement: HIV Science Matters), publiée à l’occasion de la conférence IAS 2017.

Les acquis scientifiques ont construit les fondations de la réponse au VIH. Au cours des trente dernières années, la recherche a permis de comprendre et de définir les moyens nécessaires pour prévenir la maladie liée au VIH, améliorer la qualité de vie des personnes vivant avec le VIH et réduire le nombre de nouvelles infections. Cependant, ces extraordinaires progrès scientifiques et notre capacité à relever les défis qui subsistent sont menacés par la diminution du financement de la recherche sur le VIH.

Sans un soutien sans faille à la recherche, nous ne pourrons pas atteindre les objectifs de réduction de l’épidémie à l’échelle mondiale, ni fournir un traitement à vie pour les 37 millions de personnes infectées. Les progrès dans la science du VIH ont eu des effets synergiques majeurs en santé publique, apportant des réponses pour d’autres pathologies. Pour que les acquis scientifiques soient capitalisés et que les bénéfices réalisés ne soient pas perdus, l’engagement des politiques et les investissements au long cours dans des programmes de recherche doivent être renforcés dans chacun des domaines suivant :

1 – Comprendre les interactions hôte/virus nécessite un investissement continu dans la recherche fondamentale, et en particulier les recherches ciblant l’analyse des mécanismes moléculaires et cellulaires de la persistance du VIH et du contrôle viral. Il faut soutenir les recherches visant la guérison de l’infection par VIH en renforçant le financement des études de modèles animaux et en encouragent l’expansion de nouvelles technologies prometteuses. Il faut également développer des synergies avec la recherche sur le cancer, les maladies chroniques et d’autres maladies infectieuses.
2 – Renforcer les recherches sur le vaccin s’avère plus que jamais indispensable pour le contrôle de l’épidémie. Cela nécessite un engagement continu pour étudier de nouvelles approches en vue du développement de vaccins préventifs et/ou thérapeutiques. Les efforts de recherche doivent viser la caractérisation de différentes réponses immunitaires cellulaires et humorales protectrices, et les analyser dans des essais de vaccins préventifs et d’immunothérapies.
3 – Augmenter le nombre d’options thérapeutiques pour les millions de personnes qui en ont besoin nécessite de soutenir les recherches sur les formulations médicamenteuses et l’observance des traitements. Les efforts doivent porter en priorité sur le développement de nano-formulations, et de formes injectables à très longue durée d’action, ainsi que sur des médicaments puissants, avec une bonne diffusion tissulaire et peu d’effets indésirables. La priorité doit aussi être donnée au développement de nouvelles formulations qui facilitent une bonne observance à long terme, réduisent le risque de résistance virale et au développement de formulations pédiatriques. La coopération entre les programmes de recherches sur le VIH, la tuberculose et la cryptococcose doit être encouragée. La mise en œuvre de recherches opérationnelles visant les trois objectifs « Test-Treat-Retain », doit permettre de développer de nouvelles modalités d’accès au dépistage, de faciliter la surveillance de la charge virale de routine, de renforcer les stratégies d’adhésion aux traitements, et d’adapter des modèles de prise en charge dans des contextes différents.
4 – Développer des outils de prévention accessibles aux personnes qui en ont le plus besoin doit être une priorité. L’investissement dans la prévention et la lutte contre les obstacles structurels doivent se concentrer sur l’amélioration de l’accès aux outils de prévention diversifiés, y compris la prophylaxie pré-exposition (PrEP), pour les personnes les plus exposées à l’infection par le VIH. La recherche en prévention doit continuer de soutenir le développement et l’élargissement de la prévention combinée, notamment pour les populations clés (les hommes qui ont des rapports sexuels avec des hommes, les usagers de drogues injectables, les travailleurs/euses du sexe, les personnes transgenres) et les migrants  avec des approches spécifiques selon le genre et avec l’objectif de protéger la jeune génération. Les recherches en sciences humaines et sociales doivent porter en priorité sur l’étude de la stigmatisation et de la discrimination et identifier des approches adaptées pour réduire les facteurs favorisant l’épidémie, y compris l’homophobie, le sexisme et la xénophobie.
5 – Développer des modèles économiques et des modèles de financement innovants est urgent, afin de pouvoir proposer une réponse durable face à l’importance des besoins financiers à long terme. La recherche doit permettre de poursuivre la réflexion portant sur la réduction des coûts des outils de diagnostic et des antirétroviraux, ainsi que sur ceux des traitements contre les co-infections, en particulier pour les pays à ressources limitées. Il est aussi important d’étendre ces études à la réduction des prix des génériques et des bio-équivalents. Les sciences politiques et économiques doivent se concentrer sur la question des manques de financement actuels et aider à produire des modèles de couverture universelle de santé.

 

L’épidémie de VIH est loin d’être terminée. S’appuyer sur les évidences scientifiques pour guider les politiques et les programmes opérationnels est la condition clé pour combler les manques critiques face à l’épidémie. Les approches multidisciplinaires et les programmes de recherches adaptés aux différents contextes sociaux et culturels doivent être renforcés. La recherche communautaire doit être soutenue, et la participation significative des personnes vivant avec le VIH et des populations clés dans l’élaboration des priorités de recherche doit rester un principe inébranlable.

Pas de fin du VIH sans la recherche et pas de recherche sans des investissements pérennes pour continuer à construire la réponse au VIH et mettre fin à l’épidémie.

Pr Françoise Barré-Sinoussi: « l’effort de recherche doit être amplifié »

Qu’attendez-vous de la conférence IAS 2017? Quels sont les enjeux de cette conférence de Paris? La réponse du Pr Françoise Barré-Sinoussi, prix Nobel de médecine 2008, membre de l’Académie des sciences, présidente de l’IAS (2012-2014).

Conférence de presse de la co-lauréate du prix Nobel de médecine 2008, Madame Françoise Barré-Sinoussi. Mercredi 08 octobre 2008, auditorium du CIS.Les recherches engagées depuis le début de l’épidémie ont permis d’obtenir des traitements particulièrement efficaces. Aujourd’hui, une personne séropositive sous traitement a une espérance de vie quasi identique à celle de la population générale. De plus, ces traitements réduisent considérablement la transmission du virus. Le bénéfice est donc à la fois individuel et collectif.

Par ailleurs, toute une batterie d’outils de prévention a été élaborée: le dépistage, la circoncision, la prophylaxie pré-exposition, la réduction de risque, sans oublier le préservatif et l’éducation. Leur efficacité a été scientifiquement prouvée. C’est ce qui a conduit l’Onusida à définir son objectif 90-90-90: 90% des personnes vivant avec le VIH connaissent leur statut, 90% d’entre elles reçoivent un traitement, 90% des personnes traitées ont une charge virale indétectable. Si cet objectif est atteint en 2020, les simulations prévoient un contrôle de l’épidémie en 2030. Nous avons donc de bonnes raisons d’espérer.

Désormais que nous disposons d’outils de prévention et de traitements très efficaces, l’enjeu majeur est de permettre leur accès à la plus large échelle possible dans le plus grand nombre de pays à travers le monde. Cela suppose de maintenir et de renforcer les financements et les grands programmes de coopération internationaux. Mais cela nécessite aussi d’améliorer les systèmes de santé, notamment dans les pays à ressources limitées.

Les principaux obstacles se situent à ce niveau : sans un système de santé performant, qui s’appuie sur les milieux communautaires et l’ensemble des professionnels de santé, il est difficile d’organiser la prévention et les soins auprès de toutes les populations concernées par le VIH.

Il y a donc un effort très important à produire en termes de santé publique, pour améliorer les réseaux de soins et les systèmes de santé. Pour cela, une forte volonté politique est indispensable, qui malheureusement fait défaut dans certains pays.

Par ailleurs, il faut lutter contre la discrimination et la stigmatisation qui persistent à l’encontre de bon nombre de personnes infectées dans le monde et qui freinent leur accès au dépistage et aux soins.

Enfin, l’effort de recherche doit être amplifié. L’objectif est de parvenir à des traitements permettant une rémission permanente sans devoir être pris à vie, et bien entendu à enfin disposer d’un vaccin préventif.

De jeunes chercheurs du Sud invités à l’IAS 2017

6000 délégués sont attendus à la conférence IAS 2017. Parmi eux, 74 jeunes chercheurs du Nord et du Sud invités à Paris grâce au programme de bourses « Paris 2017: Tous unis contre le VIH ». Ils nous expliquent en quoi cette participation est importante et ce qu’ils attendent de cette conférence.

 Melina Santos. Brésil

Médecin spécialiste en Médecine Préventive et Social, elle travaille au Ministère de la Santé brésilien sur les stratégies nationales de prévention des hépatites virales et l’élaboration des guides de traitement pour les personnes vivant avec les hépatites virales et VIH. Doctorant en Santé Publique à l’Université de Brasília (thèse sur la mortalité chez les personnes vivant avec l’hépatite C et VIH au Brésil et en France, dans le but de recommander des actions pour la prévention, le traitement et la surveillance des hépatites virales et du VIH/sida au Brésil).

Pour moi c’est important d’être à Paris pour la conférence parce que cela signifie l’opportunité excellente de faire la connaissance de l’événement international le plus connu dans le domaine du VIH/sida, et surtout dans un pays très reconnu par la recherche sur le sida et les hépatites virales. En outre, la participation à la Conférence IAS me permettra d’augmenter mes connaissances sur le VIH/sida et de contribuer à l’efficience des ressources dans les domaines de prévention, de traitement et de surveillance des hépatites virales et du VIH/sida au Brésil.

Elias Dah. Burkina Faso


Médecin-Chercheur dans le domaine du VIH depuis 2009, diplômé en épidémiologie et santé internationale, médecin au centre médical Oasis de l’Association African Solidarité, rattaché au Centre Muraz de Bobo Dioulasso.

 Coordinateur du projet ANRS CohMSM 12324-EF pour le site du Burkina.

C’est dans le cadre de la valorisation des premiers résultats de cette recherche que j’ai soumis avec l’équipe CohMSM un abstract sur l’acceptabilité et la faisabilité de l’initiation d’un traitement ARV précoce chez les HSH en Afrique de l’Ouest. Ce qui m’a permis d’obtenir une bourse pour une présentation orale.
Il s’agit d’une grande opportunité pour moi de pouvoir présenter nos résultats à la conférence de l’IAS. Mes attentes sont de renforcer et actualiser mes connaissances sur le VIH Sida et les hépatites virales, de tisser des partenariats avec des professionnels d’autres pays.

 

Janin Nouhin. Cambodge

Assistant de recherche, Unité VIH/Hépatites à l’Institut Pasteur du Cambodge (IPC). Ingénieur de formation, en poste depuis mars 2002 à l’IPC, impliqué dans des activités de recherche sur le VIH/SIDA et plus récemment sur les hépatites virales B, C et E. Affecté depuis 2013 à l’unité VIH/Hépatites de l’IPC, associé à différents projets de recherche virologiques sur le VIH et les hépatites virales.

Ma participation à la conférence IAS 2017 me permettra de suivre les questions de recherche prioritaires (fondamentale et opérationnelle) dans le domaine de recherche sur le VIH/SIDA. Elle me permet également de retrouver mes collègues parisiens et des autres pays et d’établir les nouveaux réseaux avec les autres chercheurs. Enfin, la participation à cette conférence me permettra de présenter les résultats préliminaires de mes travaux (sous forme de poster affiché) portant sur l’évaluation d’un nouveau kit commercial pour la quantification de VHC (Abstract # MOPED1179).

Idrissa Ba. Sénégal

Psychiatre addictologue, enseignant chercheur à l’université Cheikh Anta Diop de Dakar, responsable du Centre de Prise en charge Intégrée des Addictions de Dakar (CEPIAD)

Mes attentes au niveau de l’IAS sont de trois ordres:
– Partager l’expérience du CEPIAD dans la réponse mondiale contre la pandémie VIH (nous prenons en charge des patients de nationalités différents) à travers la prise en charge des consommateurs de drogues injectables
– Bénéficier des expériences du Nord et les partager avec nos partenaires du Sud
– Renforcer le partenariat Nord Sud

Selly Ba, Sénégal

Docteur d’Etat en médecine, spécialiste en maladies infectieuses en VIH et IST, en santé publique et épidémiologie. A la Clinique des Maladies Infectieuses du CHNU-Fann à Dakar, assistante de recherche clinique. Co-investigateur et médecin d’étude de nombreuses études dans le domaine de la recherche sur le VIH et l’infection à HPV dans le cadre de la collaboration entre l’Université de Washington (Seattle) et la Clinique des Maladies Infectieuses. Pilote deux études sur l’efficacité du traitement antirétroviral chez les patients VIH-2 et VIH-½. Médecin d’étude de l’essai clinique (STRIBILD) qui est le premier essai qui porte sur l’évaluation de l’efficacité et de la tolérance d’une combinaison fixe à base d’Elvitégravir, de Cobicistat, d’Emtricitabine et de Ténofovir disoproxil fumarate chez les patients infectés par le VIH-2(NCT02180438).

Ma participation à IAS 2017 grâce à une bourse de l’IAS et de Paris 2017 va à coup sûr renforcer mes connaissances en matière de VIH, HPV et IST . Elle me permettra aussi d’être mieux outillée pour faire face aux nouvelles actualités sur l’infection à VIH et d’échanger avec des experts internationaux d’horizon divers.

Anne-Sophie Beignon: « mettre au point un vaccin serait la meilleure solution »

Qu’attendez-vous de la conférence IAS 2017? Quels sont les enjeux de cette conférence scientifique de Paris? La réponse d’Anne-Sophie Beignon, chercheuse CNRS en immunologie, spécialiste des vaccins au CNRS dans l’unité 1184 CEA/Inserm/Université Paris Saclay 1184 au CEA de Fontenay-aux-Roses.

Parvenir à mettre au point un vaccin efficace, qui protège durant toute la vie, serait la meilleure solution pour enrayer l’épidémie à l’échelle de l’humanité.

Les difficultés sont nombreuses. La première tient à l’extrême diversité génétique du VIH. Chez une personne infectée, il mute en permanence, ce qui lui permet d’échapper aux réponses du système immunitaire. Il circule ainsi énormément de VIH différents dans le monde. Une autre difficulté est que le virus se dissémine très rapidement dans l’organisme. L’infection devient ainsi persistante très vite. Enfin, le VIH infecte les cellules du système immunitaire, ce qui perturbe son fonctionnement. Il est ainsi très compliqué de parvenir à lever l’ensemble de ces obstacles. J’ajoute que nous ne disposons pas pour l’infection par le VIH de corrélats immunologiques de protection clairs.

Nous n’avons pas d’exemples de personnes contaminées qui auraient éliminé le VIH sans intervention, ce qui nous guiderait sur le type de réponse immunitaire à induire par le vaccin pour obtenir une protection efficace.

La recherche sur le vaccin préventif contre le VIH est très active depuis longtemps. Plus de 400 essais cliniques ont été réalisés jusqu’à présent sur des candidats vaccins. Malheureusement, un seul d’entre eux a montré une efficacité, mais qui était modeste (31% de protection) et qui diminuait avec le temps.

Ces dernières années, des anticorps neutralisants à large spectre ont été identifiés et caractérisés. Ils sont capables de reconnaître de nombreuses souches différentes du virus et d’empêcher l’infection in vitro et dans des modèles animaux. On les retrouve chez environ 25% des patients infectés. Mais ces anticorps mettent trop longtemps à apparaître.

Les recherches en cours visent à savoir comment apprendre au système immunitaire à fabriquer ces anticorps neutralisants, ceci de façon rapide. Cela constitue un vrai défi.

D’autres travaux ont pour objectif d’induire la production de cellules immunitaires capables de détruire les cellules infectées dès l’entrée du virus. Il est probable que le futur vaccin sera une combinaison de ces différentes approches. Les recherches en cours sont en très bonne voie. Mais il est difficile de prédire précisément quand elles aboutiront enfin à un vaccin préventif contre le VIH/sida efficace à 100% et disponible pour tous.

Symposium sur la lutte contre les IST dans le cadre des nouveaux flux migratoires en Europe

Le Conseil National du Sida et des hépatites virales organise en ouverture de la conférence de l’IAS à Paris, un symposium sur la lutte contre les IST dans le cadre des nouveaux flux migratoires en Europe.

Quand? Dimanche 23 juillet, 17H-19H

Où? Palais des Congrès, Room 251

Migrants remain one of the most prevalent HIV and HBV-infected populations in Europe. Mainly as a consequence of economic and political changes in Africa, Middle-East and Central-Asia, countries of origin and migration trajectories of undocumented migrants including accommodation in host countries, have changed. This symposium aims to describe new medical needs and providers responses that have emerged in the fight against STIs, as well as to draw perspectives in terms of public policies.

Programm:

Co-Chair: Patrick Yeni, CNS, Paris, France
Co-Chair: Gilles Raguin, CNS, Paris, France

Description of new migration patterns in Europe
Catherine Wihtol De Wenden, CNRS, Paris, France

Epidemiology of STIs in undocumented migrants in Europe: What do we know?
Andrew Amato, ECDC, Solna, Sweden

Implementation of sexual and reproductive health care to undocumented migrants in European countries: The example of France
François Berdougo, Médecins du Monde, Paris, France

Implementation of sexual and reproductive health care to undocumented migrants in European hotspots and transit camps: The example of Greece
Georgios Papadomanolakis, MdM Greece, Greece

Taking into Account Hardship Consequences on the Risk of STIs into National and European Policies in the Context of Current Migration Patterns
Annabel Desgrées du Loû, IRD, Paris, France

The need for European and national policies and coordination
Alyna C. Smith, PICUM, Brussels, Belgium